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Avis : Le but de ce billet
est de jeter un regard critique sur l’environnement politique, économique
et social qui touche de près ou de loin la région de Drummondville.
Les opinions exprimées dans ces quelques lignes reflètent
la pensée de l’auteur et seulement celle de l’auteur.
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Motards, putes et magouille (Mardi, 12 Août 2003)
Les voyous. C’est le nouveau nom qu’a fièrement trouvé le Journal de Montréal pour définir les militant(e)s anti-mondialisation ( ou altermondialistes) lors de la rencontre de l’OMC à Montréal. On les voit se pavaner lors de toute rencontre concernant les producteurs de globalisation depuis quelques années déjà. Pour les médias et la majorité de la population, ce sont des jeunes pouilleux, des crottés, des bums, des sales, des agaces et des connes. Pour d’autres et pour eux, ce sont des jeunes et des plus vieux, des hommes et des femmes, des étudiant(e)s, des universitaires, des artistes, des chômeurs, des travailleurs, des professionnels, et surtout, ce sont des gens engagés socialement, politiquement et existentiellement.
Plusieurs prétendent que les voyous vivent dans leur monde, un monde à part. Dans ce monde, les voyous se battent contre une race de monde, pour reprendre l’expression de VLB. Cette race de monde est, pour la majorité de la population, pour les médias également, des gens biens, honnêtes, bien élevés, polis, mariées, croyants bienfaiteurs de l’humanité et mère Térésa nouvelle génération. Pour les voyous, ces rois du monde sont des présidents, des ministres, des ambassadeurs, des économistes, des boursiers et des grands magnas financiers.
Pour la majorité des gens, les voyous sont des fouteurs de merdes. Pour les voyous, la majorité des gens sont des malheureux qui se font endormir par les dirigeants du monde. Pour la majorité du monde, les voyous veulent tout briser. Les voyous eux, ne veulent que se battre contre leurs peurs. Et ces peurs menacent, selon eux, la beauté et la bonté du monde. Ces peurs peuvent se définir comme ceci : peur de perdre nos droits; peur de ne jamais voir la liberté; peur de ne jamais connaître l’amour et la paix; peur que les grands financiers et présidents du monde deviennent les nouveau rois; peur que ces rois ne détruisent la vie sur la planète.
Quand les voyous parlent de perdre leurs droits, on se demande souvent de quoi ils parlent. Jeudi dernier, nous en avons eu un belle exemple. Normand Legault, président du Grand prix du Canada annonçait que l’événement était maintenant annulé. Il n’y aura plus de Grand prix à Montréal.
La cause de ce retrait de l’événement viendrait principalement de la loi anti-tabac que le gouvernement fédéral a adoptée il y a quelques années. Bernie Ecclestone, monsieur F1, a déjà fait plier des pays concernant des lois pareilles. Le monsieur est capable de dégonfler la baloune législative de plusieurs pays. Il a le porte-monnaie de son côté. L’homme en question, tel un Georges W. Bush après attentat, devait se trouver un ennemi à tout prix. Le nouvel ennemi était le Canada.
Soit, le retrait du Grand prix fait perdre à Montréal quelques milliers de dollars. C’est également la perte, pour le Québec, d’un événement sportif de qualité doublé d’un spectacle attendu et couru par les amateurs de F1. Cependant, le problème se présente également dans une forme beaucoup plus complexe et importante que ne laisse croire la perte de dollar. En fait, ce problème en est un de démocratie.
Comme société, est-ce qu’on laissera Ecclestone décider des lois que le pays adopte sous prétexte que ça rapporte? Est-ce que nous sommes prêts à reculer sur nos principes démocratiques pour cet argent? Et si l’on recule sur ce point, où est-ce que ce mouvement s’arrêtera? Selon cette logique, il faudrait également exempter d’impôts les joueurs de hockey et de baseball pour permettre aux équipes canadiennes de concurrencer les cousines américaines. Et pourquoi de pas laisser les motards faire leur petites affaires tranquillement. Ça rapporte gros ça aussi : les motards s’enrichissent, vont au restaurants, se payent des hôtels et des voitures de luxe, bref contribuent à faire rouler l’économie. Un coup parti, on pourrait jeter par la fenêtre toutes les résolutions concernant l’environnement et favoriser la pollution si elle peut rapporter quelques sous. Bush le fait, pourquoi pas nous. On retient donc que pendant des milliers d’années, des groupes sociaux de toutes sortent se sont battus contre les gros exploitants, d’ordre monarchique, religieux ou privés. Aujourd’hui en 2003, nous, nous sommes prêts à se laisser acheter par eux. Légiférerons immédiatement pour légaliser la prostitution car nous sommes devenus des putes en quelque sorte.
Entendons nous bien, je n’ai absolument rien contre le sport. Mais il y a des principes (si ce mot veut encore dire quelque chose à notre époque) sur lesquelles je ne déroge pas. Le principe de la démocratie en est un. Ce qui se passe avec le Grand prix démontre une chose : les besoin du capitalisme et de sa mondialisation vont à l’encontre même des principes démocratiques. Il s’agit ni plus ni moins que de terrorisme économique : la piasse contre les droits. Nous avons un exemple rendu public, mais maintenant, imaginez toutes les magouilles et chantages de ce genre qui sont planifiés dans les réunions de l’OMC et autres sectes du genre. Imaginez les grandes entreprises qui achètent des pays, financent des guerres, soutiennent des dictateurs, font travailler des enfants, achètent des femmes, menacent des communautés entières tout ça sous l’accord, non avoué évidemment, des grands cocus mondiaux. Mais évidemment, les vrais ennemis, ce sont les voyous: ils brisent des vitrines.
(Pascal Allard)
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