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Avis : Le but de ce billet est de jeter un regard critique sur l’environnement politique, économique et social qui touche de près ou de loin la région de Drummondville. Les opinions exprimées dans ces quelques lignes reflètent la pensée de l’auteur et seulement celle de l’auteur.

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Les Patriotes ou Dollard
(Mardi, 20 Mai 2003)

Je fais parti de ces centaines de gens qui à travers le Québec, pendant quelques années, faisaient signer des pétitions dans le but de voir naître une journée en l’honneur de nos Patriotes. La demande était simple : exiger du gouvernement qu’une nouvelle fête soit créée ou qu’elle vienne en remplacer une déjà existante. Cédant aux pressions du patronat qui trouve évidemment que ces congés fériés coûtent chère à gérer, le gouvernement Landry a plutôt choisi d’abolir la fête de Dollard et de la remplacer par celle des Patriotes. Après tant d’effort, le peuple commençait donc à choisir ce à quoi il voulait se souvenir. Or, après avoir fait signer des dizaines et dizaines de pétitions qui ont finalement porté fruits, je me rend compte la semaine dernière que la plupart des commerçants du Québec ignoraient ou se foutaient bien du fait que c’était maintenant la fête des Patriotes. Pour la majorité donc, on fête encore Dollard. C’est certains que pour un commerce, Dollard est beaucoup plus vendeur que les Patriotes, surtout lorsqu’il ne prend pas de D à la fin.

Il faut évidemment comprendre pourquoi les deux fêtes ont été instaurés. Au début du vingtième siècle, certains intellectuels et politiciens ont pris sur eux de montrer que le peuple canadiens-français (qui deviendra québécois par la suite) avait ses héros, son histoire et sa culture. Ce travail voulait contrer les vieilles idées lancées par Lord Durham à l’époque des révolution manquées de 1837-38. Durham avait en effet affirmé que nous étions un peuple inculte, sans histoire et que l’assimilation aux Anglais serait réellement bénéfique pour nous puisqu’elle nous feraient passé du statut de sous-humains colonisés à celui de membre en règle de l’Empire britannique. Près de cent ans plus tard donc, dans la foulé de Garneau, des gens comme Henri Bourassa et Lionel Groulx entreprirent de baliser certains concepts historiques et politiques pour permettre au peuple de prendre son envol intellectuellement parlant. Dans ce processus de mise à jour historique est venu en 1971 la fête de Dollard des Ormeaux, héros pittoresque débusqué et édifié par Groulx.

Pendant des dizaines d’années, le Québec a fêté Dollard et ses exploits au Long-Sault. Le problème, c’est que les recherches en histoire ont démontrer que Dollard n’avait rien d’un héros. C’était vraisemblablement une petite canaille, un magouilleur qui a vécu en volant et arnaquant les Amérindiens. Bref, un Français débarqué ici dans le but de s’enrichir avec le commerce des fourrures. Pire encore, l’historiographie sur l’événement du Long-Sault nous permet même de voir que toutes les sources n’allaient pas le même sens concernant l’événement. En fait, l’abbé Groulx s’est principalement servi de L’Histoire de Montréal du sulpicien François Dollier de Casson. Or, l’auteur n’arrive au Canada qu’en 1666. Son récit sera écrit une dizaine d’années après le combat du Long-Sault et aucun témoin oculaire ne sera consulté. Un récit basé sur les rumeurs, les ragots et les potins. Les versions des Amérindiens auront également été « oubliés ». Pas surprenant, l’intérêt que l’on porte aux Amérindiens en Histoire est somme toute assez récent. John A. Dickinson, historien et professeur à l’Université de Montréal, affirme même qu’ « une longue tradition historiographique a refusé de tenir compte des spécificités du comportement indigène ». Groulx aura donc opté pour le récit du religieux, pour un peuple dont les racines étaient religieuses, sans prendre en compte toute les réalités.

Avec le recul, on se rend compte que Dollard n’avait absolument rien d’un héros…du moins en comparaison avec les Patriotes.

Ces derniers se seront en effet battu pour un système parlementaire réellement démocratique. Ils croyaient qu’il y avait « quelque chose comme un grand peuple » qui vivait ici et sont allés jusqu’aux bout de leurs convictions. Certains seront morts pour la cause, d’autres battus, exilés. Tout ça pour une cause. Ce qui est magnifique avec la fête que les Patriotes ont maintenant, c’est qu’elle fut demandée par le peuple. Pour la première fois dans l’histoire du Québec, on fête par choix. Non pas par traditions religieuse ou britannique, mais bien par choix politique et social. Je pense que pour la première fois dans notre histoire, nous avons choisi d’honorer notre devise et de se souvenir.

Ce que je me demande maintenant, c’est si les commerçants vont suivre ce choix. Est-ce qu’ils vont réaliser que cette fête est maintenant celles des Patriotes? Je me demande si, dans notre société qui sollicite au niveau publicitaire d’une façon si extrême, le commerce ne viendra pas faire en sorte que le choix du peuple ne soit oublié. Ce serait dommage. Je pense qu’un peuple qui choisi ses héros par réflexion, par choix, ne peut que s’en porter mieux. Imaginez, de tous les temps, les héros politiques auront été imposés par des victoires de guerres ou par décrets gouvernementaux. Chez-nous, on a fait un choix. On a demandé et obtenu. Moi je trouve ça beau. Évidemment, pour plusieurs, Papineau est un nom de boulevard, De Lorimier, une station de métro et Nelson, le nom d’un amiral anglais. Ce qui me console, c’est que pour les commerçants, Dollard ne doit pas s’écrire avec un D à la fin. J’aimerais seulement que, l’an prochain, on fête, tous ensemble, la fête des Patriotes…et qu’on oubli le dollar pour une journée.

(Pascal Allard)

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